Le festival "Temps Chauds" a lieu du 30 juin au 12 juillet dans la région de Bourg en Bresse (Ain).
Interview de Françoise Cartade par Benjamin Minimum pour Mondomix
Comme chaque année dans son numéro d'été Mondomix va consacrer une partie de son éditorial aux festivals de musiques du monde. Ayant conscience que la conjoncture sociale et politique rend l'aboutissement de ces entreprises de plus en plus complexe, nous pensons qu'il est temps de vous donner la parole pour exprimer ces difficultés, mais peut-être aussi celui d'affirmer votre singularité, garant du dynamisme de notre filière
Au delà de choix esthétiques, quelles valeurs défendez-vous à travers votre festival ?
A travers une permanence artistique et la présence d’artistes représentant les musiques du monde, bien au-delà du festival, dans les écoles, les collèges et auprès de chœurs d’enfants constitués, nous travaillons sur l’idée d’éducation à la citoyenneté du monde dès le plus jeune âge, en provoquant la rencontre, l’échange, et la transmission orale d’un patrimoine musical en mouvement. Ces passages et ces migrations d’œuvres musicales chantées nourrissent l’esprit d’aventure et de rencontre avec l’altérité et l’inconnu. Un inconnu témoin de son époque, de son environnement, véritable boussole permettant de situer loin d’une découverte virtuelle, la force vivante de l’altérité, de la différence et de l’échange.
Comment cela se traduit concrètement?
Tout au long de l’année, des artistes viennent transmettre oralement aux jeunes générations une chanson de leur répertoire, une création, une chanson traditionnelle, afin d’imaginer un dialogue musical dans lequel au fil des séances et des ateliers de pratique artistique, les artistes et les enfants en seront les acteurs et les interprètes. La livraison vivante de l’œuvre que l’on ne découvre pas à travers une partition envoyée ou l’écoute d’un document sonore, mais à travers un contact régulier avec l’artiste, crée un lien réel entre l’artiste et les enfants, responsabilise les jeunes qui auront à cœur « d’être dans l’histoire à vivre ensemble ».
Le croisement et le partage avec l’artiste qui fait escale dans l’Ain, déclenche un foisonnement de démarches visant à explorer l’univers de l’artiste, sa culture, l’histoire de son pays, ses traditions, ses sources et son cheminement.
Jusqu'à quel point votre public adhère à ces valeurs?
La mobilisation et l’intérêt des enfants communiqué aux plus grands, intrigue et crée l’envie d’en savoir plus. Ce travail permet de rassembler des publics très éloignés des pratiques culturelles et des musiques du monde en particulier. Souvent, la surprise est grande et l’émotion que provoque la complicité, « artiste - enfant » vient à bout des doutes et des réticences.
Quelle importance accordez-vous à la présentation de ces musiques?
La présentation de ces musiques est essentielle. A l’heure d’une consommation globale, virtuelle et déshumanisée, il nous faut remettre l’autre, l’étranger, le vivant, au cœur de l’idée de rencontre dans des démarches de proximité permettant de mieux comprendre, mieux apprécier et mieux suivre l’évolution positive du mélange. La vision négative du monde et de ses recoins, traversée de secousses graves et réelles, nous éloigne de la force, de la richesse et de la vitalité de ces hommes et des ces femmes qui continuent d’écrire, de créer, de chanter et de porter leurs racines et leurs sources sur les voies d’un mouvement positif et nourrissant à partager.
Au delà de la musique quelle est l'importance des autres formes d'expressions dans votre festival?
Le festival ouvre sa porte au conte, au jeu de société, et à la cuisine dans un esprit de convivialité, de proximité, d’éveil ou de réveil des émotions oubliées. Le festival est un temps entre parenthèses, où il fait bon « cuisiner la découverte », prendre l’air, le pouls du monde. La parole et la dégustation sont indispensables à l’idée de rencontre et créent le lien.
Quelles idées nouvelles aimeriez-vous développer?
Nous souhaitons ouvrir nos ports d’escale à tous ces artistes qui sur leur terrain, ouvrent des écoles de transmission orale de leur patrimoine culturel et artistique en direction de leurs jeunes générations et accueillir ces groupes où se produisent à la fois, les « maîtres » et les enfants. Une première expérience a été tentée avec
CHOTA DIVANA (Rajasthan). Ces accueils se feront sous forme de résidence, permettant d’imaginer aux côtés des concerts itinérants, les ateliers de transmission orale de chansons aux jeunes générations françaises, les répétitions communes, les enregistrements des œuvres, et la production d’un DVD.
Recherche de subventions, bouclage des budgets, obtention de visas pour les artistes programmés, quelles sont les plus fortes difficultés rencontrées dans l'organisation de votre manifestation?
La recherche de subventions, les bouclages de budgets, la lourdeur des procédures et la complexité de l’administration nuisent au temps à consacrer au projet artistique lorsque l’équipe permanente est réduite. Les limites budgétaires des collectivités territoriales et la baisse d’un certain nombre de financements (état, sociétés civiles), fragilisent le fonctionnement et le projet d’activité. L’impossibilité d’avoir une vision à moyen terme, déstabilise aussi l’ancrage de l’activité.
Est-il aujourd'hui plus difficile de faire vivre votre projet que lorsque vous avez démarré? Et si oui en quoi?
Oui, il est plus difficile de faire vivre le projet que lorsque nous avons démarré de par la frilosité des financeurs, les restrictions budgétaires et la multiplication des propositions auxquelles doivent répondre les élus.
L’augmentation d’initiatives locales « de clochers », et la surenchère pseudo - évènementielle contribuent à une sur - sollicitation des publics et à une confusion dans la lisibilité des propositions. Le contexte général et les inquiétudes sur l’économie, peuvent peser sur le montage des productions et la fréquentation de l’évènement.
Quelles pourraient être les alternatives à votre fonctionnement actuel?
Il nous semble incontournable de trouver les moyens de mutualiser un certain nombre de missions et d’outils, de façon à diminuer nos coûts de fonctionnement. Les partenariats artistiques et culturels sont aussi des sources d’enrichissement mutuel et permettent d’ouvrir de nouveaux espaces de diffusion et de connaissance des musiques du monde.
Depuis toujours, nous avons diversifié notre activité et nous allons continuer sur cette voie là qui permet d’étendre le champ de nos financements et d’exporter une partie de nos savoir-faire et de nos expériences, certaines ayant montré leur originalité et leur unicité susceptibles de dépasser les limites de notre région d’origine et d’être proposées à d’autres partenaires.