Dimanche 13, les Suds à Arles démarrent par une leçon de chant des quatre points du monde dispensée par Martina A Catella et ses élèves. Enregistrements rares, solos, duos, polyphonies et révélations étonnantes comme l'existence de ce gène de la voix appelé foxp2. La soirée se poursuit au Théâtre Antique avec les musiques du golfe persique iranien de
Saeid Shandehzadeh, chant, flûte et cornemuse accompagné aux percussions par son fils prodige, Naghib, 15 ans. Ensuite les trois frères oudistes palestiniens Joubran et le percussionniste Yousef Hbeisch présentent leur création Majaz/Métaphore. Celle ci s'inspire de la poésie de Mahmoud Darwich qu'ils accompagneront demain pour un moment précieux.
Benjamin MiNiMuM
Vous aussi, partagez les moments forts de vos festivals en vous inscrivant sur le forum de Mondomix !
Participer
En ce jour de fête nationale, après avoir crocheté jusqu’au Château d’Avignon pour savourer les chansons épicuriennes de la création « le Jardin des Métamorphose » les Suds fêtent l’anniversaire d’Actes Sud. La maison d’édition arlésienne qui vient d’égrener 30 années au rythme des pages dorées d’auteurs du monde entier est représentée sur scène par des auteurs hantés par la musique. En désordre, proses et vers défilent, portés par les voix de leurs pères. En fin d'après-midi les mots de
Magyd Cherfi font la fête sur un air de musette ou un rythme jamaïcain. En début de soirée la poésie de Mahmoud Darwich prend son envol depuis la scène du théâtre Antique. Le poète palestinien est soutenu par les glissements de cordes de ses compatriotes les frères
Joubran, puis interprété en français par le comédien Didier Sandre. En arabe, comme en français les vers nous touchent en plein cœur et nous font redécouvrir la vie et ses petits mystères. Ensuite le cœur léger nous courrons voir les prouesses des artificiers et entendre les notes festives de
Roy Paci et enfin danser jusqu’à satiété sur le mix du Big Buddha.
Benjamin MiNiMuM
Vous aussi, partagez les moments forts de vos festivals en vous inscrivant sur le forum de Mondomix !
Participer
Les Suds à Arles se poursuivent sous un soleil qu’a cessé de refroidir le mistral. Venues du quartier le plus métissé et populaire de la ville, les 6 filles du Chœur de la Roquette délivrent leurs harmonies occitanes dans le jardin d’été dès onze heures, en fin d’après midi, elles rejoignent leur fief place Paul Doumer pour un second concert qui ne s’arrêtera vraiment que dans la nuit et la contrainte policière. A 18h30, le récent lauréat du prix de l’Océan indien,
Maalesh et ses deux musiciens repeignent avec douceur la place Nina Berberova, aux couleurs des Comores. La soirée met en lumière et en musique les musées de la ville. Au Muséon Arlaten les quatre napolitaines d’Assurd enchaînent berceuses et tarentelles, a capella radieux et danses du diable, le moment est précieux et tonique.
Au musée de l’Arles Antique,
Houria Haïchi et
Hijâz Car donnent un concert magique. Conçu par Martina A. Catella
« Les cavaliers des Aurés », joué ce soir pour la quatrième fois, fait renaître les chants poétiques de la chevalerie berbère qui ont bercé l’enfance de la chanteuse chaouie. Les arrangements inventifs et respectueux de Gregory Dargent conjuguent les grammaires et les secrets des musiques d’Europe et d’Orient. Oud, banjo tarhu, hajouj, rek, daf, derbouka vielle, clarinettes et quelques samples sont de la fête.
Les jeunes virtuoses inspirés entraînent la chanteuse déjà magnifique à se surpasser. L’émotion qu’elle fait naître la submerge et nous illumine. Un moment rare, inoubliable.
Une quarantaine de personnes averties se sont retrouvés plus tard près du Rhône pour un concert d’appartement orchestré par les Chanteurs de Sornettes chez des amis bien logés. Dans l’obscurité s’éclairant des diodes de leurs instruments et de lampes lasers de poches
Jérôme Vion et
Dan Jacobi assis en tailleurs sur un tapis offrent un show électro minimaliste, et engagé. Mini claviers programmables, boîte à rythmes et sampler à piles aux services de textes engagés, fantaisistes ou corrosifs ou de reprises et pastiches de la variété françaises (Claude François, Katerine, Françoise Hardy.) On y voit une lecture dérisoire de la culture bling bling, on y entend des angoisses très actuelles présentées avec esprit et pertinence. En rappel 4 créations juteuses et provocatrices inspirées par l’univers funky, sexy et violent du baile funk de Rio.
Benjamin MiNiMuM Arles le 15 juillet 2008
Mercredi à l'heure de la sieste,
le collectif Tapenade rend hommage au poète Théodore Aubanel, fondateur malheureux du Félibrige, l'académie de littérature provençale. Henri Maquet et ses amis ont cousu des habits neufs au rimes amoureuses avec du fil occitan ou d’Italie du sud. Dans les travées des filles du chœur de la Roquette dansent, des gars du Cor de la Plana sont venus soutenir les copains et les festivaliers calés dans leurs transats goûtent leur bonheur de vivre.
Fin d’après midi à une demie heure de distance deux propositions le savoureux cabaret poétique slave de la polonaise
Aldona et ses musiciens ou le tango jazz du pianiste
Lalo Zanelli et son groupe
Ombu, virtuose mais attendu.
Gong Linna est une chanteuse exceptionnelle, sa technique est étourdissante, son expressivité prenante, sa musicalité irréprochable. Mais sous sa voix, les arrangements, en équilibre entre tradition chinoises et classicisme occidental, semblent trop écrits et ne laissent pas de place à d’éventuelles fulgurances des musiciens.
A dix heures les Suds s’engouffrent dans un nouvel espace, les ateliers SNCF, où une scène a été montée au centre du squelette d’un immense atelier aujourd’hui à ciel ouverte. Ici les sons et les images sont invités à se marier. Ouverture avec
[b]Ojos de Brujo [/b]qui, en attendant le retour de Marina sa chanteuse incendiaire, tourne en version sound system. Dj Panko mène la danse et entraîne avec lui les autre membres du groupe au cœur du beat su,r une scène baignée des reflets d’un écran géant, Scratch et guitare flamenca, images médicales sujets projetés à l’envers ou images décalées du spectacle. L’univers des barcelonais est intact.
Pour beaucoup
la Familha Artus crée la surprise. Leur musique occitane plongée dans un bain de groove et de tension métallique, ne fait pas l’unanimité. Pourtant leur proposition est vraiment originale, et cohérente. Instrumentarium provençale et traitement sonore high-tech sont renforcés par des projections abstraites et élégantes. Un voyage qui envoûte ceux qu’il ne déroute pas.
Arles le 16 juillet 2009 Benjamin MiNiMuM
Vous aussi, partagez les moments forts de vos festivals en vous inscrivant sur le forum de Mondomix !
Participer
La place Paul Doumer égaye son apéro des couleurs de l’Italie avec le duo Valla-Scurati : un fifre et un accordéon qui s’entremêlent et ensorcellent, deux voix de ténors, de stentors, enchanteurs de traditions séculaires gorgées de soleil. Des danseurs esquissent une ronde, les robes étalent, au sol, leurs ombres tournoyantes. Trois petits tours et puis s’en vont. A deux pas, la Guadeloupe envahit la place Nina Berberova, et la valse se mute en quadrille menée tambours et triangles battants, par le groupe Négoce et Signature. Le « commandeur » anime les corps, et lance des instructions chorégraphiques à un public balbutiant, mais conquis.
La Cour de l’Archevêché ou comment un moment précieux devint groovy, grondant, bourrin, technoïde, jazzy et déjanté sous les doigts agiles et l’énergie fébrile des polonais Motion Trio. Ces sacrés détourneurs d’accordéons-bretelles, boutons et lunettes noires-chuintent, crient, sifflent, subjuguent l’assistance de leur drôle d’univers, humoristique et virtuose. Le show se clôt en un dangereux combat intergalactique de jeux vidéo. Même que les accordéons lancent des éclairs.
Ce soir, le Théâtre Antique refuse du monde ; les places se quémandent, et le public compact savoure la chance d’assister à ce moment d’exception, un rendez-vous avec l’histoire du festival. Il y a neuf ans la directrice artistique Marie José Justamond offrait la première partie de soirée à un trio de jeunes musiciens marseillais, radicaux et flamboyants, à l’exigence sans faille. Aujourd‘hui Dupain n’existe plus. Sous son nom, accompagné par Daniel Gaglione à la mandole et Bijane Chemirani aux percussions, Sam Karpienia affronte le lieu plein à craquer, prêt à exploser. La qualité de son nouveau répertoire, la puissance des arrangements, et sa voix vibrante de lumière captivent l’air. La scène accueille alors un hybride à la croisée du Velvet Underground et de la nouvelle musique occitane, porté par un chant surréaliste de chaleur, dans la lignée d’un Camaron de la Isla. La transe innovante, et les harmoniques électrisent l’auditoire.
D’un discours que l’on devine plein d’émotion, la présentatrice de la soirée annonce le deuxième clin d’œil à la mémoire des Suds. En 1999, Goran Bregovic proposait aux Arlésiens, un show d’anthologie, vivace dans les souvenirs. Le spectacle de ce soir devrait bien, lui aussi, rester dans les têtes une décennie : une vague de musique et d’émotions-rire, pleurs, tendresse-a submergé l’assistance. Pendant plus de deux heures trente, le magicien serbo-croate, accompagné de son Grand Orchestre des Mariages et des Enterrements, a essaimé ses tubes, tour à tour explosifs et intimistes, à un parterre terrassé de fans en délire. Un spectacle époustouflant qui prenait sa juste ampleur dans ce lieu chargé d’histoire et de poésie.
La nuit s’achève sur des effluves orientalo-balkaniques aux Ateliers SNCF. En 2005 un orage nous avait empêchés au dernier moment d’embarquer avec Darko Rundek sur son Cargo Orkestar. Le chanteur de Zagreb rattrape le temps perdu. Nous découvrons des Balkans une autre facette. Des mélodies sinueuses, des ambiances nuancées, des instruments en liberté. Sur l’écran le défilé saccadé des dessins, textes et photos animés en direct par Biljana Tutorovt renforce le sentiment onirique et nostalgique de cette croisière qui s’achève par un court djset de Big Mini. Les violons emmêlés aux boucles électros dialoguent avec une nuit sertie d’étoile.
All et BM Les Suds à Arles 18 juillet 2008
Parce que l’ailleurs se niche aussi « ici », le festival honore les richesses de nos régions et se pare d’étoffes occitanes. L’après-midi décline place Paul Doumer au son de l’art languedocien du trio Du Bartas, emmené par Laurent Cavalier, arrangeur de La Mal Coiffée. Voix, accordéon, grosse caisse et tambourin convient les cigales et l’huile d’olive.
Place Nina Berberova, le Burkinabé Victor Démé distille un blues intimiste, humble et sans fioriture. Un sourire d’enfant sous une casquette emblématique peine à dissimuler une timidité vite éclipsée par un charme irrésistible. Sous le dialogue gracieux des cordes de guitare, au fil de solos téméraires, une voix troublante et profonde parle à l’âme. L’émotion touche juste.
Si séduisant que le projet paraisse, le groupe ethio-jazz Tezeta dévoile, dans la Cour de l’Archevêché, des artifices trop évidents. Un pianiste un brin envahissant, des envolées free jazz inappropriés, une voix pas toujours convaincante : la sauce peine à prendre malgré le chant inspiré de Mulukan Patago Yaakov, trop peu présent
Un magistral récital de Toumani Diabaté en solo inaugure les concerts au Théâtre Antique. Les notes magiques et sauvages de la kora s’envolent vers des étoiles et une pleine lune, qui défient colonnes et gradins. Une longue digression, une prière musicale tissée des risques de l’improvisation et de la quiétude de refrains apaisés, enveloppe l’assistance d’un silence attentif et passionné.
La fête reprend ses droits avec les rocks stars du pays, les trublions de la musique occitane, Lo Cor de La Plana. Des tambourins et des polyrythmies déborde une énergie mythique. La fosse s’embrase, et forme une farandole, « la plus grande du monde », dixit le Marseillais Manu Théron, chef d’orchestre émérite d’une formation débordante de surprise, et responsable de la propagation d’un dangereux virus occitan. La prestation se clôt en famille, entre potes, et par une valse, avec les deux compères de Fatche D’Eux.
Deuxième show pour Toumani Diabaté aux Ateliers SNCF, cette fois en sextet. Du groove, des accents jazz, des koras qui s’enflamment en duos-duels entre père (Toumani) et fils. L’esprit ne saurait être bien loin.
Le public, en transe, s’apprête enfin à recevoir l’explosion capitale de Compagnie X, collectif Arlésien qui mêle conques marines, bourdons des grailhes (hautbois occitans), à des instruments afro-brésiliens. Le maracatu s’unit à des thèmes occitans, le samba reggae trempe dans les embruns méditerranéens. Au bout de la nuit, la fête bat son plein face à ce groupe original, inventif et prometteur. Une belle surprise.
All
L’ultime Moment Précieux, le samedi, accordait les couleurs orange, ocres, déclinées sur les murs de la Cour de l’Archevêché, au parallélisme de deux guitares. Les frères Jeronimo et Leo de Aurora suscitaient une forte gémellité instrumentale, mélodique et rythmique pour conjuguer flamenco et jazz manouche. Le récital ne manquait ni de fougue, ni de panache, ni de virtuosité, mais d’un supplément d’âme, qui de « classique », rend une formule « magique ». Un art agréable, mais attendu, entendu.
Le moment de grâce fut atteint au Théâtre Antique, avec la divine Buika, la « voix noire » du flamenco. Un piano aux harmonies dissidentes et un chant de tigresse aux caresses de velours s’associaient pour un art à l’élégance exquise. Le dépouillement raffiné et la symbiose du duo traquaient le superflu pour toucher une substantielle beauté jusque dans la posture de l’artiste- yeux clos, sourire radieux, drapé d’une somptueuse robe rouge, palmas timides. Une sensibilité à fleur de peau, admirablement servie par l’excellent pianiste, tout en maîtrise de son instrument, en humilité et en justesse. Le temps suspend son cours, un frisson parcourt l’assistance, submergée par cette grande leçon de musique.
Difficile, après un tel choc émotionnel, d’assumer une deuxième partie ! En dépit d’un univers tendre et révolté, d’une drôle d’énergie surfant sur des vibes orientales et arabo-andalouses, Benjamin Escoriza, la voix de Radio Tarifa, peine à convaincre : des couleurs et des saveurs un peu ternies. La nuit se poursuit aux Ateliers SNCF, avec le « forrock » du brésilien Silverio Pessoa, et le génial mix Latino del Futuro de RKK. Ambiance « muy caliente » !
Le déjeuner de quartier, samedi midi Place de la Redoute, nous en donnaient un avant-goût. Les corps s’élançaient dans des valses, polkas, mazurkas, et tarentelles, quand les papilles se délectaient de paellas. L’escapade dominicale buissonnière à Salin-de-Giraud, révélait, au grand jour, le secret et l’essence des Suds, concentré dans le « pastaga », et cette petite coquille : la telline. Avant la joyeuse ripaille, Angélique Ionatos, en duo avec Katerina Fotinaki, ouvrait l’appétit de ses nourritures poétiques et terrestre, satisfaction de l’esprit: Léo Férré, Barbara, Neruda trouvait grâce sous ses doigts. En fin de prestation, trois nymphes d’une quinzaine d’années, élèves de Martina A. Catella, donnaient aux musiques du monde et aux polyphonies, un charme juvénile, enchanteur, et gracieux.
La journée de rires, de bandas, de « olés ! » et de lâchers de taureaux, s’achève enfin sur la plage, face à la mer. Les moustiques assaillent, le soleil rougeoie, spectacle ahurissant de la nature. Le silence s’impose, pour laisser au chant des vagues l’ampleur d’un murmure apaisant. Des réminiscences de flamenco, au loin des échos, résonnent lorsque la nuit tombe : une dernière révérence au festival, en forme de « point d’orgue et d’étincelle ».
Anne-Laure Lemancel Arles le 21 juillet 2008