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Version complète: Marie-José Justamond, Directrice artistique de Suds à Arles
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Festival Suds à Arles, du 13 au 20 juillet

Interview de Marie-José Justamond, Directrice artistique de Suds à Arles, par Benjamin Minimum pour Mondomix


Comme chaque année dans son numéro d'été Mondomix va consacrer une partie de son éditorial aux festivals de musiques du monde. Ayant conscience que la conjoncture sociale et politique rend l'aboutissement de ces entreprises de plus en plus complexe, nous pensons qu'il est temps de vous donner la parole pour exprimer ces difficultés, mais peut-être aussi celui d'affirmer votre singularité, garant du dynamisme de notre filière.

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Au delà de choix esthétiques, quelles valeurs défendez-vous à travers votre festival ?

Ethique et esthétique sont deux notions indissociables qui guident nos choix, tant au niveau de l’évolution de notre structure, du développement de nos activités à l’année et pendant le Festival, que nos choix de programmation.
Ethique, c’est défendre des valeurs humanistes et croire, malgré les leçons de l’histoire que la connaissance, l’ouverture à l’Autre, les émotions et la réflexion apportées par l’art (et particulièrement par la musique) permettent l’évolution des personnes et des sociétés vers un « vivre ensemble » plus harmonieux.
Esthétique, c’est le choix de la qualité dans la rigueur mais c’est aussi le choix de la prise de risque avec cette année, par exemple, la nouvelle scène des Ateliers.
Comment cela se traduit concrètement?

Cela se traduit, bien entendu, par une programmation avec des découvertes, avec des relations suivies avec certains artistes qui reviennent régulièrement. Mais cela se traduit surtout par nos propositions :
- pendant le Festival, au fil de la journée, comme autant d’occasions de rencontrer les artistes et leurs musiques, de mieux connaître leurs démarches et leurs cultures. Il me semble que les Musiques du Monde induisent et se prêtent à cette forme de pédagogie très vivante (d’où les apéros-découvertes, salons de musique, stages de musique et de danse…)
- toute l’année, grâce aux divers ateliers de pratique artistique, dans les quartiers, les villages, les collèges, aux résidences d’artiste (cette année avec Lo Cor de La Plana), à l’accompagnement de groupes arlésiens et de la région, en France et à l’étranger.
Cette diversité de liens qui se tissent entre notre territoire, nos publics, et les acteurs des musiques du monde me paraît génératrice de ce mieux « vivre ensemble ».
Jusqu'à quel point votre public adhère à ces valeurs ?

Le cœur de notre public adhère à ces valeurs et l’exprime. En 2007, nous avons vendu 405 Passeports (prix unique avec accès à tous les concerts proposés) ; nous comptons sur une centaine de bénévoles (le cœur du cœur du public) et quelque 500 stagiaires aux stages payants de musique, chant et danse.
Mais pour remplir un théâtre antique de 2500 places, nous avons besoin de davantage de monde et chaque année, nous travaillons à l’élargissement de notre public.
Votre public est il composé de communautés distinctes si oui, lesquelles et comment en tenez vous compte?

Arles est une petite ville qui n’a pas à proprement parlé de communautés distinctes. Nous avons vu le public évoluer ces dernières années et devenir plus « classique » mais c’est davantage une question de classe sociale que de communautés.
Toutefois, au vu de l’implantation géographique de notre commune et de l’origine d’une partie de ses habitants, notre programmation est particulièrement tournée vers la Méditerranée avec chaque année, une place aux artistes d’Espagne, du Maghreb et souvent de Grèce (le village de Salin-de-Giraud sur la commune d’Arles, où nous clôturons la semaine du Festival, intègre une importante partie au sein de sa population, de personnes originaires de Kalymnos).

Nous sommes également très attentifs aux nouvelles musiques traditionnelles de notre région, la Provence, et plus largement à la musique du Languedoc et de l’ensemble du Midi de la France (la sphère occitane). Cette scène est d’autant plus passionnante qu’elle est très dynamique et voit émerger de beaux talents.
Au delà de la musique quelle est l'importance des autres formes d'expressions dans votre festival?

Cette année, à l’occasion du trentième anniversaire des Editions Actes Sud (installées à Arles), nous recevons le grand poète arabe Mahmoud Darwich au Théâtre Antique, et Magyd Cherfi sera également programmé en tant qu’auteur d’Actes Sud.
Nous inaugurons une nouvelle scène dans une friche industrielle en cours de réhabilitation en un lieu dédié à l’image (Rencontres internationale de la Photographie, Fondation LUMA pour la photographie et la vidéo). Dans ce contexte, nous avons fait le choix d’artistes des musiques du monde qui intègrent l’image à leur processus de création (Ojos de Brujo Sound System, Darko Rundek & Cargo Orkestar…).
Pour certains d’entre eux, ce sera l’occasion de présenter ces images pour la première fois en Europe (Silvério Pessoa, Familha Artus, Toumani Diabaté). Nous recevons déjà des propositions pour l’an prochain.
Venant moi-même du milieu de la photographie, je suis excitée par le rapprochement entre ces deux mondes, par les influences réciproques et les enrichissements mutuels que l’on peut espérer à long terme.
Quelles idées nouvelles aimeriez-vous développer?

Il y a beaucoup d’idées nouvelles dans la programmation cette année. J’en ai quelques autres de côté mais il va falloir attendre un peu pour les mettre en place.
Quelles sont les plus fortes difficultés rencontrées dans l'organisation de votre manifestation?

Les difficultés liées aux finances sont pour nous les plus importantes. Toutefois, le fait que nous vivons dans une région très dynamique (particulièrement en saison estivale) et dans une ville qui a choisi la culture comme vecteur de développement économique, est plus qu’appréciable ; nous ressentons alors peut-être moins qu’ailleurs la récession.
En revanche, la concurrence est féroce, parfois avec des manifestations très grand public, gratuites et portées par des collectivités territoriales. En naît une surenchère, parfois difficile à contourner. Nous avons fait le choix, pour nous distinguer, d’être très pointu dans la programmation. Cela fonctionne très bien aux Moments Précieux, dans la Cour de l’Archevêché ; c’est plus difficile au Théâtre Antique. Il faut alors beaucoup travailler la communication, sans avoir les budgets d’achat d’espaces publicitaires qui seraient désormais nécessaires.
Est-il aujourd'hui plus difficile de faire vivre votre projet que lorsque vous avez démarré?

Non, ce n’est pas plus difficile maintenant, les difficultés sont différentes. Au début, il a fallu prouver que nous étions des professionnels, artistiquement exigeants, et que les Musiques du Monde offraient un large spectre et pouvaient toucher des publics. Maintenant, tout cela est acquis mais la reconnaissance financière ne va pas avec.
Bien entendu, ce n’est pas la bonne période au niveau de l’Etat, mais au niveau des collectivités territoriales, les rééquilibrages entre les divers secteurs de la culture sont difficiles à imaginer.
Quelles pourraient être les alternatives à votre fonctionnement actuel?

Nous continuons à étudier de très près les financements européens.

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