Festival de Thau du 15 au 20 juillet 2008.
Interview de Monique Teyssier par Benjamin Minimum pour Mondomix
Comme chaque année dans son numéro d'été Mondomix va consacrer une partie de son éditorial aux festivals de musiques du monde. Ayant conscience que la conjoncture sociale et politique rend l'aboutissement de ces entreprises de plus en plus complexe, nous pensons qu'il est temps de vous donner la parole pour exprimer ces difficultés, mais peut-être aussi celui d'affirmer votre singularité, garant du dynamisme de notre filière.
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Au delà de choix esthétiques, quelles valeurs défendez-vous à travers votre festival ?
Nous défendons les valeurs de solidarité et d’ouverture aux autres sur un territoire à l’identité forte. L’indépendance aussi. Le festival de Thau est né de personnes engagées et non d’une volonté politique.
Nous tentons dans cet événement de fédérer les énergies, déjà de part l’activité de nombreux bénévoles qui donnent de leur temps et de leurs compétences, et d’autre part par la mise en avant d’initiatives et d’actions tournées vers la solidarité et l’environnement, dans une démarche de développement durable à travers le Village des rencontres, qui existe depuis 10 ans. L’Afrique est souvent mise en avant, afin de sensibiliser sur les difficultés que rencontrent les hommes et les femmes de ce continent. Un fil rouge chaque année structure notre réflexion et nos propositions. Cette année c’est la question des origines qui nous a guidé avec une journée entièrement dédié à cette thématique, avec pour point de départ un adage africain : si tu ne sais pas où tu pars regarde d’où tu viens.
Comment cela se traduit concrètement?
Un effort important est fait sur l’accueil du public, avec un espace en accès libre et un site mis en scène, dans des espaces proches de l’eau naturellement très beaux. Le festival s’installe dans des lieux non dédiés, notamment les ports, dans 3 villes différentes autour de l’étang de Thau : cette démarche de territoire autour de l’étang a été engagée il y a maintenant 7 ans.
Les produits de ce terroir, coquillages et vin blanc, y occupent aussi une place importante : les producteurs sont embarqués dans cette aventure !
Le Village des rencontres, en accès libre, a été conçu pour croiser les publics locaux et festivaliers, susciter l’envie de découvrir en concert des groupes peu connus et permettre de mieux comprendre des enjeux essentiels. Il s’articule chaque année autour de la thématique choisie. Cette année notre engagement sur le développement durable nous a conduit à proposer une journée sociétale le jeudi et un Village des rencontres axé sur les problématiques de l’environnement. La proximité de l’étang de Thau, écosystème à protéger, nous a amenés à inviter les associations qui défendent cet environnement.
Concrètement ce sont des expositions, des projections de films, des installations d’artistes, des débats, des ateliers… qui sont proposés au public.
Jusqu'à quel point votre public adhère à ces valeurs?
En 2007, le festival a accueilli 15 000 personnes : au moins 4 000 d’entre elles sont venues pour visiter le Village des Rencontres. C’est une belle preuve de l’intérêt du public pour ces questions !
Un public fidèle s’est constitué : Le festival de Thau est un grand rendez-vous régional où l’on a plaisir à débattre au bord de l’eau, se retrouver sur les grandes tablées autour de plateaux d’huîtres et de vin blanc et partager de beaux moments musicaux venus du monde entier.
Votre public est il composé de communautés distinctes si oui, lesquelles et comment en tenez vous compte?
En fonction de la programmation, des communautés spécifiques se déplacent et sont présentes. Nous en tenons compte dans le sens où nous sommes en contact avec les associations regroupant des communautés. Mais ce n’est pas une particularité de notre public.
Quelle importance accordez-vous à la présentation de ces musiques ?
On peut je pense affirmer que nous avons été les premiers en région à programmer des musiques du monde. Nous avons aussi associé ces musiques à la danse alors que les concerts étaient souvent des lieux d’écoute.
Dès 1990, la réputation du festival s’est fondée sur ce choix car nous avons programmé des artistes dont on a beaucoup parlé ensuite :
Césaria Evora en 91,
Compay Segundo et tous les cubains du futur
Buenavista Social club,
Yuri Buenaventura, des artistes gitans, africains... Nous y accordons une très grande importance car ils sont les ambassadeurs de leurs pays et de leurs cultures.
Au delà de la musique quelle est l'importance des autres formes d'expressions dans votre festival?
Compagnies de rue, plasticiens, photographes, mais aussi scientifiques, sociologues…. ont toujours eu une place importante au festival de Thau. Cela rend le projet complexe et difficile à mettre en œuvre, mais les regards croisés et la transversalité des différentes formes d’expressions sont essentiels pour s’ouvrir sur l’autre.
Quelles idées nouvelles aimeriez-vous développer ?
Nous organisons cette année une rencontre professionnelle avec le
festival Convivencia et Réseau en Scène Languedoc Roussillon : il m’apparaît urgent que les professionnels se rencontrent et échangent sur les pratiques afin de trouver des synergies et favoriser les échanges interrégionaux.
La période que nous vivons est difficile : ce sont les acteurs de terrain qui doivent tenter de faire bouger les lignes.
Nous avons également pour projet d’inciter et participer à la création d’infrastructures culturelles complètement inexistantes sur ce territoire.
Nous souhaitons également être davantage dans la transversalité, croiser les expériences et les expressions, faire émerger l’attente sociale. La culture est une arme de vitalité et de solidarité. Elle ne peut être un produit marchand, elle n’est pas rentable. Même si nous devons avoir le souci de gestion, la respiration culturelle doit trouver sa place et son espace.
Sur quels critères les choix seront faits ?
Les musiques du monde ont du mal à se faire entendre vraiment et sont souvent anecdotiques pour les décideurs. Cela reste un combat.
Est-il aujourd'hui plus difficile de faire vivre votre projet que lorsque vous avez démarré?
Nettement la réponse est oui. L’augmentation des coûts de production va à mon avis faire tomber les plus fragiles.
Nous avons fait le choix de programmer des têtes d’affiche afin d’élargir les publics d’autant que nous n’avons pas de problème de jauge.
On essaie de trouver un compromis, en programmant toujours des groupes émergeants, pour continuer à jouer notre rôle de découvreur de talents.
Lorsqu’on a démarré il y avait plus de place à la spontanéité et à l’initiative car les prises de risques étaient moindres, et les contraintes administratives nettement moins fortes.
L’augmentation conséquente des budgets pour un festival en extérieur sans lieu de repli nous fragilise. La météo est devenue un vrai paramètre !
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