Comme chaque année dans son numéro d'été Mondomix va consacrer une partie de son éditorial aux festivals de musiques du monde. Ayant conscience que la conjoncture sociale et politique rend l'aboutissement de ces entreprises de plus en plus complexe, nous pensons qu'il est temps de vous donner la parole pour exprimer ces difficultés, mais peut-être aussi celui d'affirmer votre singularité, garant du dynamisme de notre filière
Interview de Bernard Batzen du festival les "Méditerranéennes" (du 5 au 7 août) par Bejamin Minimum pour Mondomix.com.
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Au delà de choix esthétiques, quelles valeurs défendez-vous à travers votre festival ?
La diversité culturelle, l’ouverture et l’échange, ont toujours été essentiels. C’est la raison pour laquelle nous refusons le formatage et présentons la palette la plus large possible de genres musicaux : chanson, musiques du monde, rock, reggae, électro, musiques urbaines, musiques traditionnelles …
La diversité culturelle et la diversité biologique allant de pair, nous sommes très actifs dans la préservation de l’environnement du festival et essayons de transmettre au public ces valeurs de respect. Cela se traduit aussi dans notre volonté d’enracinement local : club de partenaires comprenant plus d’une cinquantaine d’entreprises locales , une équipe de 200 bénévoles ( certains soutenant le festival depuis la 1ére année …on a même parmi les bénévoles certains enfants des premiers bénévoles ! ), la promotion des artistes locaux , la dégustation quotidienne des vins des vignerons locaux , des huîtres de Leucate , la fourniture des stands restauration en bio au prés de producteurs locaux , etc. ..Pour nous, un festival doit être ouvert sur le monde et enraciné.
Comment cela se traduit concrètement?
Il suffit de parcourir notre programmation de cette année et des années précédentes ! Nous insistons aussi sur la présence et le soutien aux artistes locaux (pas cette année malheureusement pour des raisons budgétaires).
L’année dernière, nous avions organisé une réunion avec plusieurs festivals internationaux ( Roskilde/DK – Oya/Norvége – SXSW/USA – Les Vieilles Charrues – Les Transmusicales – Rheinkultur/All …) avec l’aide de l’ADEME pour débattre des problèmes concernant l’impact des festivals sur l’environnement, et mettre en avant les meilleures pratiques.
Cette année, nous organisons un nouveau colloque avec l’ADEME.
Les Méditerranéennes sont membres de l’association YOUROPE, qui regroupe les plus grands festivals européens, et nous travaillons régulièrement avec nos collègues sur ces problèmes, ainsi que la sécurité, les problèmes de taxes, de visas, etc...
Jusqu'à quel point votre public adhère à ces valeurs?
Nous avons été très surpris de constater à quel point il était facile de faire adhérer le public à certaines mesures un peu contraignantes (gobelets consignés, tri sélectif sur le site). Le public réagit bien à des mesures qui lui sont expliqués (un guide du festivalier mettant en avant les bonnes pratiques est distribué à l’entrée) et qui sont manifestement prises pour l’intérêt général.
Votre public est il composé de communautés distinctes si oui, lesquelles et comment en tenez vous compte?
Notre public est très éclectique, comme notre programmation, mais nous essayons évidemment de toucher les différents groupes qui le compose de façon spécifique, notamment on line en touchant les sites dédiés aux artistes ou aux différents genres de musiques.
Quelle importance accordez-vous à la présentation de ces musiques?
La diversité est essentielle et représente l’identité du festival. Comme il reste toutefois difficile de vraiment mélanger les genres dans une même soirée, chacune a une couleur différente (world, chanson, rock …) avec malgré tout quelques "passerelles" à l’intérieur des soirées.
Au delà de la musique quelle est l'importance des autres formes d'expressions dans votre festival?
Nous sommes un festival d’été, au bord d’une plage, et nous collaborons avec différentes associations locales. Ainsi l’année dernière, nous avons organisé un tournoi de « Beach Rugby ». Nous souhaitons développer d'autres formes d'expression artistique mais ça reste une question de budget.
Nous avons cependant réussi au cours des précédentes éditions quelques belles incursions dans d’autres domaines d’expression comme une exceptionnelle exposition d’œuvres de
Tàpies, en liaison avec la présence d’
I muvrini au festival, dont il avait réalisé la pochette de disque.
Cette année, nous organisons une exposition photo d’une photographe qui possède de nombreuses photos inédites de Sonic Youth qu’elle a suivi et photographié pendant plusieurs années.
Quelles idées nouvelles aimeriez-vous développer?
Justement plus de présence d’autres formes d’expressions , plus de présence à l’année à Leucate, plus d’implantation locale avec des animations en amont du festival , des animations plus nombreuses dans l’enceinte du festival , pouvoir présenter d’avantage d’artistes locaux et organiser des échanges avec d’autres festivals méditerranéens, développer les stages et les formations , et avancer encore plus dans notre démarche environnementale .
Recherche de subventions, bouclage des budgets, obtention de visas pour les artistes programmés, quelles sont les plus fortes difficultés rencontrées dans l'organisation de votre manifestation?
Nous restons trop dépendants des pouvoirs politiques pour certains financements. Ainsi le retrait de la subvention du Conseil Général et la diminution de celle du Conseil régional nous a contraint à supprimer (momentanément, nous l’espérons) notre 2éme scène et l’opération "Nouvelle Vague" qui mettait en avant les artistes locaux.
Nous sommes heureusement bien soutenus par la Ville de Leucate en termes de subvention et d’apport technique des services de la ville.
D’autres difficultés viennent des augmentations des cachets des artistes, souvent disproportionnés par rapport à leur réel potentiel public, que ce soit ceux des artistes locaux ou internationaux (les festivals sont de plus en plus nombreux dans toute l’Europe).
Le problème des visas est très préoccupant et leur difficulté d’obtention pour les artistes extra-européens met à mal tous les beaux discours de principe officiel de l’Union Européenne sur la diversité culturelle. Les frontières de l’Union se fermant de plus en plus aux artistes, notamment africains, et de moins en moins de festivals, craignant les annulations, vont se risquer à en inviter. Triste constat : les artistes sont les victimes collatérales des politiques actuelles de l’immigration.
Est-il aujourd'hui plus difficile de faire vivre votre projet que lorsque vous avez démarré? Et si oui en quoi?
Il y a 10 ans, nous étions un des seuls grands festivals de plein air dans la région. Aujourd’hui, ils se multiplient créant des surenchères au niveau des cachets des artistes, de la promotion, de la présence médiatique, des sponsors. L’offre explose au moment ou le public connaît des problèmes de pouvoir d’achat. Il est clair que tous ne pourront pas survivre, et aucun n’est à l’abri leur économie restant très fragile.
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