Creole NRW 7 septembre 2008
Ultime soirée d’une aventure riche en découvertes, propice à l’émergence d’une scène colorée, à l’établissement d’une musique « créole » structurée et dynamique. Avec Adesa, « GaGrooves 4 Kids », le carnaval des animaux envahit les planches d’une éphémère arche de Noé : éléphant, antilope et araignée géante ! La formation germano-ghanéenne emprunte les légendes des griots, les adaptes aux oreilles européennes et aux yeux enfantins. Des cabrioles, des couleurs et des plumes subjuguent le public, autant que le salto arrière de l’une nos collaboratrices.
Deuxième round: Klaus der Geiger – Gepetto à la salopette de cuir, Peter Lustig* et grand-père idéal – s’acoquine au guitariste bohème Salossi pour bougonner, rigoler, déclamer une satire sociale virtuose. Après une brillante carrière de concertiste classique, Klaus le violoniste, institution de la musique allemande, a choisi la rue comme scène unique : un auditoire universel et non guindé pour mûrir une révolte tendre, une colère libre, un folk affirmé, à l’émotion vibrante. Tout droit sorti d’un livre d’image et du Sans famille de notre enfance, el Maestro et son disciple laissent éclater une poésie rageuse et populaire. S’ils jouent de la « musique du monde » ? Oui. Peut-être. Qu’importe ! Ils touchent au plus juste et à l’infini. Les frissons parcourent une humanité béate.
Au troisième temps, une paisible embarcation vogue vers les rives de la Croatie avec le trip-hop éthéré de Janus Band (accordéon, chant, machines, basse). La voix chaleureuse de la belle Marijana Vuko et sa langue mère croate éveillent de nostalgiques accents, des rêves tendres, un apaisement des sons, des sens et de l’esprit. Une torpeur évanescente, que l’on retient. Avec le dernier groupe de la compétition, Rumi Ensemble, la poésie soufie s’infiltre dans le souffle du ney, les cordes du tar et les percussions. La tradition perse, ici arrangée, dévoile ses secrets au public occidental. Au-delà des antagonismes et d’une simple dimension religieuse, la musique évoque alors une mystique adressée à tous. Avant l’annonce des résultats, les lauréats nationaux de l’an passé, Ulman, présentent leur explosion capitale. Le quartet inouï – trombone, accordéon diatonique, vièle à roue, batterie – confirme son génial talent : un « ethno-groove » aux arborescences rock, jazz, hip-hop, drum’n bass, et… jeux vidéesques ! Wunderbar !
Le verdict tombe enfin. Deux groupes participeront à la finale nationale à Berlin en septembre 2009 : East Affair et Seidenstrasse, avec une mention spéciale du jury pour le duo déjanté Furiosef.
L’heure a sonné pour nous d’écrire le mot « fin ». Merci à Birgit Ellinghaus et à toute l’équipe du Creole pour l’accueil, l’organisation, et les riches moments musicaux, qui ont su apporter, à notre travail, un autre éclairage. Merci aux artistes. Bonne chance à tous !
Anne-Laure Lemancel
*personnage célèbre d’une série télévisée allemande
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