Sakifo 6 août 2008
Chaque hiver, l'île de la Réunion reçoit son lot de houles australes qui ravit les nombreux surfeurs de la région et laisse rêveurs les promeneurs des fronts de mer. Chaque année l'île vibre également aux rythmes du Sakifo Musik Festival, rencontre musicale majeure de l'océan indien. Cette année 2008 est un peu particulière. Le festival a migré de la commune de Saint Leu pour occuper la capitale du sud, Saint-Pierre.
C'est Sakifo à Saint-Pierre !
La commune qui abrite pas moins de 70 000 âmes s'est entièrement mobilisée pour faire vivre le festival. Des scènes, dont certaines gratuites, ont été aménagées un peu partout dans la ville. Des ruelles fleuries du quartier des pêcheurs de Terre Sainte aux aménagements des plages du bord de mer, tout a été mis en œuvre pour que le festivalier profite au mieux de la musique mais aussi du paysage maritime et montagneux de la région.
Mystique Lo Griyo
Pour ce premier jour du festival, cette renaissance à Saint-Pierre, le somptueux coucher du soleil sur l'océan indien a été accompagné par la montée sur scène du projet Lo Griyo. Mené par Sami Waro, fils de Danyel, et rejoint par les instruments à vent de Luc Joly, Lo Griyo a offert aux festivaliers une musique subtile et enivrante où se rencontrent les différentes transes des musiques du monde. Avec puissance et légèreté, Lo Griyo utilise un sampler pour créer des boucles sonores, qui une fois lancées permettent aux musiciens, sans que l'on s'en aperçoive, de passer d'un instrument à l'autre. De la Kora des griots africains à la batterie en passant par le chant et les instruments à vent, les deux compères abolissent les frontières musicales entre maloya, salegy, transe gnawa et musique électro. A la fin du concert, le public qui a goûté sans modération à la générosité du moment, plisse toujours les yeux alors que le soleil a terminé sa course depuis bien longtemps.
Le temps semble s'être contracté et tout le monde se presse pour ne pas rater le concert déjà commencé de Baster. Le reggae maloya du groupe mythique de la Réunion emmené par Thierry Gauliris fait déjà danser la foule . Les retardataires s'infiltrent comme ils peuvent dans la foule, tandis que les cameramen venus nombreux saisissent à la volée ces moments magiques qui nous font comprendre que le festival a vraiment commencé.
L'alternative indienne
Un peu plus loin et un peu plus tard sur la scène de la poudrière, le public nocturne est animé par la curiosité. Chacun se renseigne comme il peut pour savoir si c'est bien en ce lieu que va se produire le groupe de rock indien, Avial. Les quatre musiciens ont en effet tout pour surprendre. Originaires de l'état du Kerala au Sud de l'Inde, ils jouent un rock fortement marqué par leur culture vernaculaire mayali. Sur scène, la voix du lead Anandraj Benjamin Paul et les puissantes distorsions de la Gibson de Rex Vijayan conjuguent de manière surprenante mantras traditionnels et envolées lyriques rageuses. Avec leur premier album, ces jeunes musiciens espèrent ouvrir la voix à toute une génération d'artistes contemporains indiens, dont le travail s'écarte de la reproduction des clichés bollywoodiens. L'histoire nous le dira.
A l'image de l'île, le festival Sakifo joue cette année encore la carte du contraste et de l'ouverture sur le monde tout en gardant une profonde identité créole. Alors que cette première journée s'achève, on entend de nos fenêtres gronder les ondulations de l'océan qui viennent finir leur course sur le récif corallien, annonçant déjà les surprises des jours à venir.
Jean-Sébastien Josset |